4 Juil 2022
La 6-ème édition du Forum international du salon africain des Transports (FISAT) tenue sous le thème « Transport et infrastructures, facteurs de développement économique et d’intégration régionale », s’ouvre lundi à Abidjan en Côte d’Ivoire, avec la participation du Maroc.
Organisée par le ministère ivoirien des Transports et la société Afrika Transtour, l’édition 2022 du Forum international du salon africain des Transports se poursuivra jusqu’au 6 juillet.
Cette année, l’événement le plus important du secteur des transports enregistre la participation de 150 exposants venus de 30 pays. 5000 visiteurs sont attendus avec près de 10.000 participants en présentiel et en distanciel, selon les organisateurs, qui ajoutent que le 6-ème FISAT aura comme invités d’honneur trois pays à savoir le Maroc, la France et la Chine.
Le Maroc sera représenté à cette manifestation par une délégation composée notamment de MM. Noureddine Dib, directeur des Transports routiers au Ministère du Transport et de la Logistique, Khalid Guellouch, conseiller du ministre du Transport et et de la Logistique, Hamid Ghassine , directeur de la Planification et Suivi du Contrat programme à la société nationale de transport et de la logistique (SNLT), et Hicham Bouzidi, chef de département Projet de Zones logistiques de l’agence marocaine de la Logistique “AMDL” .
Selon les organisateurs, l’innovation majeur de cette édition sera la grande foire dédiée aux véhicules, pièces détachées et titres de transport.
La première journée de cet événement sera marquée par la cérémonie d’ouverture officielle et les allocutions de plusieurs personnalités dont le Premier ministre Achi Patrick, le ministre ivoirien des Transports Amadou Koné et la commissaire du FISAT et DG de Afrika Transtour, Mme Magnatié Bamba, entre autres.
Un panel inaugural sur « Transports et infrastructures, facteurs de développement économique et d’intégration régionale » et un panel professionnel sur « Connectivité des ports Africains : enjeux, défis et perspectives » ouvriront les débats.
Cette première journée sera clôturée par une session de haut niveau sur « Ingénierie financière et mobilisation des ressources pour le financement des projets ».
Figurent également au programme six panels professionnels sur « les nouvelles technologies du service des Transports et des Infrastructures » ; « la problématique des transports de masse dans le contexte africain et les défis des transports urbains » ; « le capital humain, fer de lance des politiques de transport » ; « mobilité électrique : enjeux pour les transports responsables ? » ; « les hubs régionaux et leurs impacts économiques » ; « la sûreté et la sécurité des transports en Afrique de l’Ouest ».
La dernière journée sera marquée par des échanges BtoB et une présentation spéciale des différents projets innovants des start-ups.
L’événement sera sanctionné par la remise d’un prix spécial Amadou Gon Coulibaly pour l’innovation dans les transports et les infrastructures.
Transport et intégration africaine : le Maroc acteur clé des corridors de développement continental
La participation du Maroc au Forum International du Salon Africain des Transports (FISAT) à Abidjan illustre l’engagement du Royaume comme partenaire stratégique du développement des infrastructures de transport en Afrique. Ce forum, consacré au thème « Transport et infrastructures, facteurs de développement économique et d’intégration régionale », touche à l’un des enjeux les plus fondamentaux du continent africain : la connectivité entre les territoires, condition sine qua non de la croissance économique durable et de l’intégration régionale dans le cadre de la ZLECAf. Selon la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement), l’organisation onusienne de référence sur le commerce et le développement, le coût logistique représente en Afrique subsaharienne jusqu’à 75 % du prix final des biens échangés — contre 10 à 15 % dans les pays développés. Cette différence astronomique érode la compétitivité des entreprises africaines sur les marchés internationaux et augmente le coût de la vie pour les populations. Réduire ce coût logistique à travers le développement des infrastructures de transport est l’un des investissements à plus fort retour sur investissement pour l’Afrique.
Transport africain et rôle du Maroc dans le contexte continental :
- Le FISAT — plateforme d’échanges africains : le Forum International du Salon Africain des Transports (FISAT) réunit chaque année à Abidjan (Côte d’Ivoire) les décideurs publics, les opérateurs privés et les experts du transport africain pour partager les expériences, débattre des politiques et faciliter les partenariats dans le secteur. Abidjan, hub économique de l’Afrique de l’Ouest francophone et port majeur de la région, est un lieu symboliquement fort pour un tel forum — la ville concentre les défis et les opportunités du transport africain contemporain.
- La ZLECAf — défi logistique continental : la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021, crée le plus grand marché commun du monde en superficie avec 1,3 milliard de consommateurs. Mais son succès dépend directement de la qualité des infrastructures de transport qui permettront aux marchandises de circuler librement entre les 55 pays membres. Sans des routes, ports, aéroports et liaisons ferroviaires suffisantes, les accords commerciaux de la ZLECAf resteront largement théoriques.
- Maroc — modèle d’investissement dans les infrastructures : le Maroc présente un bilan impressionnant d’investissements infrastructurels qui lui permet de partager son expérience avec les pays africains en développement : 1 900 km d’autoroutes concédées, 2 000 km de routes rurales construites chaque année dans le cadre du PNRR, premier TGV africain (Al-Boraq), premier port d’Afrique (Tanger Med), 24 aéroports modernisés. Ces réalisations, financées par des partenariats public-privé innovants et des ressources nationales, constituent un modèle transférable pour les pays africains qui planifient leurs infrastructures.
- Coopération Sud-Sud en matière de transport : le Maroc développe une coopération technique active avec les pays africains dans le domaine des transports — formation des ingénieurs routiers (via l’École Hassania des Travaux Publics), partage d’expertise en gestion portuaire (ONDA et Marsa Maroc à l’international), développement de corridors routiers sahélo-sahariensavec la Mauritanie, le Sénégal et le Mali. Cette coopération Sud-Sud concrétise la vision royale d’un Maroc partenaire du développement africain.
FAQ : Transport africain et intégration régionale
Quels sont les principaux défis des infrastructures de transport en Afrique ?
Les défis des infrastructures de transport africaines sont multiples et interconnectés : (1) Déficit quantitatif d’infrastructures — l’Afrique dispose de 204 km de routes pour 1 000 km² de superficie, contre 944 km en Europe. Seulement 30 % des routes africaines sont goudronnées — le reste est constitué de pistes en terre, souvent impraticables pendant la saison des pluies. Ce déficit fondamental isole des centaines de millions de personnes des marchés, des services de santé et des opportunités économiques. La Banque Africaine de Développement (BAD) estime le déficit annuel de financement des infrastructures africaines à 68 à 108 milliards de dollars — un gap colossal que ni les budgets nationaux ni l’aide internationale ne peuvent combler seuls ; (2) Fragmentation du réseau entre pays — les infrastructures africaines ont été conçues par les puissances coloniales pour connecter les ressources naturelles aux ports d’exportation (vers l’Europe), et non pour relier les pays africains entre eux. Résultat : il est souvent plus facile de voyager entre Abidjan et Paris qu’entre Abidjan et Lagos (distantes de moins de 1 000 km). Les corridors de transport transfrontaliers — routes, voies ferrées, liaisons aériennes — sont insuffisants pour soutenir le commerce intra-africain que la ZLECAf ambitionne de développer ; (3) Maintenance et durabilité des infrastructures existantes — construire des infrastructures est insuffisant si leur maintenance n’est pas assurée. De nombreux pays africains manquent de ressources humaines et financières pour entretenir leurs routes, ports et aéroports. Des routes neuves construites avec des financements extérieurs se dégradent rapidement faute d’entretien courant, créant un cycle coûteux de réhabilitation perpétuelle. Les mécanismes de financement durable de la maintenance (fonds routiers alimentés par les taxes sur les carburants) se développent mais restent insuffisants dans de nombreux pays ; (4) Corridors transfrontaliers — délais aux frontières — même là où les routes existent, les postes frontières africains sont source de retards considérables et de coûts informels. Un camion transportant des marchandises de Mombasa (Kenya) à Kampala (Ouganda) — 1 200 km — met en moyenne 10 à 15 jours, dont 4 à 6 jours d’attente aux postes frontières. Des initiatives d’harmonisation douanière (One Stop Border Posts, interconnexion des systèmes douaniers) réduisent progressivement ces délais, mais la transformation prendra des années ; (5) Financement innovant et partenariats public-privé — face aux contraintes budgétaires des États africains, le financement privé des infrastructures de transport (concessions autoroutières, concessions portuaires, partenariats public-privé pour les aéroports) est indispensable. Des exemples réussis existent en Afrique — l’autoroute Abidjan-Lagos (en discussion), les ports en eau profonde de Lekki (Nigeria) et de Nacala (Mozambique), les aéroports modernisés par des opérateurs privés. Ces modèles de PPP, adaptés aux contextes africains, peuvent mobiliser des capitaux privés internationaux si le cadre réglementaire, la gouvernance et les garanties des États sont suffisamment attractifs.
Comment le port de Tanger Med contribue-t-il au développement commercial de l’Afrique ?
Le rôle de Tanger Med dans le commerce africain est stratégique : (1) Hub de transbordement pour l’Afrique de l’Ouest — Tanger Med est le premier port à conteneurs d’Afrique et de Méditerranée, avec une capacité de 9 millions d’EVP (Équivalents Vingt Pieds). Sa position géographique au détroit de Gibraltar le place sur les grandes lignes maritimes entre l’Asie, l’Europe et les Amériques. Les armateurs utilisent Tanger Med comme hub de transbordement — les grands porte-conteneurs (Ultra Large Container Ships de 20 000+ EVP) y déposent des boîtes qui sont ensuite redistribuées vers les ports d’Afrique de l’Ouest (Abidjan, Dakar, Conakry, Lomé) par des navires feeders de plus petite taille. Cette fonction de hub réduit les coûts de transport pour les importateurs et exportateurs africains ; (2) Zone Franche Tanger Med — intégration industrielle — autour du port se développe la Tanger Free Zone (TFZ) et la Tanger Automotive City — des zones industrielles qui attirent des entreprises internationales (Renault, Stellantis, Lear Corporation, Yazaki) produisant des véhicules et des composants pour l’exportation mondiale. Ces industries génèrent des flux de fret (importations de composants, exportations de produits finis) qui utilisent les infrastructures portuaires et logistiques de Tanger Med, créant un modèle intégré port-industrie-logistique réplicable dans d’autres contextes africains ; (3) Connectivité maritime de l’Afrique de l’Ouest — les services de feeder depuis Tanger Med vers les ports d’Afrique de l’Ouest (Dakar, Abidjan, Tema, Lagos) ont amélioré la fréquence et la fiabilité des liaisons maritimes pour les importateurs et exportateurs de la région. Ces services, opérés par des compagnies comme Maersk, CMA CGM et MSC, offrent des fréquences hebdomadaires (voire plurihebdomadaires) vers les principaux ports africains — une amélioration significative par rapport aux liaisons directes moins fréquentes du passé ; (4) Tanger Med comme modèle de gouvernance portuaire — la gouvernance de Tanger Med (via la TMSA — Tanger Med Special Agency) est présentée comme un modèle de développement intégré : une agence unique combinant aménageur, autorité portuaire et développeur économique, avec une vision de long terme et une autonomie de gestion. Ce modèle, distinct du modèle classique ANP/SODEP applicable aux autres ports marocains, a permis la rapidité du développement et l’efficacité de la gestion. Plusieurs pays africains étudient ce modèle pour développer leurs propres zones économiques spéciales portuaires ; (5) Perspectives — Tanger Med III et extension — face à la croissance continue du trafic, Tanger Med prépare son extension (Tanger Med III) pour porter sa capacité à 12 millions d’EVP et au-delà. Des investissements dans les connexions multimodales (extension du réseau ferroviaire fret vers le port, développement des zones logistiques de l’hinterland) sont planifiés pour consolider le positionnement de Tanger Med comme hub mondial de premier rang et plateforme de développement du commerce africain.
Quels secteurs du transport offrent les meilleures opportunités d’investissement en Afrique ?
Les opportunités d’investissement dans le transport africain pour les entreprises marocaines et internationales : (1) Transport routier et logistique de proximité — le transport routier reste le mode dominant en Afrique (plus de 80 % des échanges terrestres). Les opportunités d’investissement couvrent les flottes de camions (location, maintenance), les entrepôts et plateformes logistiques (quasi-inexistants hors des grandes métropoles), les services de fret et de transit, et les solutions digitales pour le secteur (bourses de fret, gestion de flotte, digitalisation des documents de transport). Les entreprises marocaines spécialisées dans la logistique (SNTL, Marsa Maroc, transitaires marocains) ont une carte à jouer dans les marchés africains francophones voisins ; (2) Ports et logistique maritime — le développement de nouveaux terminaux portuaires, la modernisation d’installations existantes et les services logistiques associés (manutention, stockage, distribution) représentent des investissements à fort multiplicateur économique. Les opérateurs portuaires marocains (Marsa Maroc) et leurs partenaires internationaux ont l’expérience et la proximité géographique pour se positionner sur ces marchés. Des concessions dans les ports de Dakar, Abidjan, Conakry ou Lomé représentent des opportunités stratégiques pour un acteur marocain ambitionné ; (3) Aviation et aéroports régionaux — de nombreux aéroports africains régionaux sont sous-équipés et mal gérés. Des partenariats pour la gestion déléguée d’aéroports, le développement de nouvelles infrastructures de terminal, et les services d’assistance en escale représentent des opportunités pour des opérateurs expérimentés. RAM Ground Services (assistance en escale) et ONDA (gestion aéroportuaire) ont les compétences pour se développer en Afrique subsaharienne ; (4) Mobilité urbaine durable — la croissance démographique explosive des villes africaines (Lagos, Kinshasa, Abidjan, Abuja dépasseront 20-30 millions d’habitants d’ici 2040) crée une demande massive pour des systèmes de transport urbain. Les solutions de bus rapide (BRT — Bus Rapid Transit), les trams, les applications de mobilité partagée et les services de taxi-moto réglementés représentent des opportunités à fort impact social. Des villes comme Dakar, Abidjan et Nairobi expérimentent des BRT avec des financements internationaux — un marché pour les ingénieurs et équipementiers marocains ; (5) Tech et innovation dans le transport africain — les startups africaines de la mobilité (Kobo360 au Nigeria, Lori Systems, SafeBoda en Ouganda) attirent des investissements massifs de fonds internationaux. Les opportunités couvrent les plateformes de fret numérique, les solutions de paiement pour les transports (mobile money, QR codes), la géolocalisation et le tracking, les drones de livraison dans les zones rurales difficiles d’accès, et les solutions de maintenance prédictive pour les flottes. Les entreprises marocaines de la tech transport peuvent se positionner sur ces marchés en s’appuyant sur leur maîtrise du français et leur proximité culturelle avec les pays africains francophones.