15 juin 2022
Barid Al-Maghrib a lancé, mardi à Rabat, la mise en circulation de 225 véhicules électriques exclusivement dédiés à la modernisation et à l’élargissement de son réseau de distribution courrier-colis.
Conçus par Stellantis Kénitra spécialement pour Barid Al-Maghrib, suite à un accord signé en octobre 2020, ces véhicules électriques de type Citroën Ami, sont adaptés à l’activité quotidienne de distribution et disposent d’une autonomie de 75 km, tandis que la charge complète ne dépasse par une durée de 3 heures.
A cette occasion, le ministre de l’Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, a affirmé que grâce à la forte impulsion donnée par SM le Roi Mohammed VI aux énergies propres, le Royaume avance avec sérénité dans sa transition énergétique.
“En témoigne cette collaboration fructueuse entre le groupe Stellantis et Barid Al-Maghrib qui a donné naissance à des voitures électriques fabriquées localement et réaffirmé la volonté commune des opérateurs publics et privés de soutenir le développement de la mobilité électrique au Maroc et d’en faire l’un des maillons forts de l’industrie nationale”, a-t-il fait valoir.
Il a, dans ce même contexte, fait savoir que ce choix s’inscrit avant tout dans une démarche écoresponsable, répondant aux préoccupations mondiales suscitées par les changements climatiques, que l’industrie marocaine met au service de la modernisation et de la proximité des services publics rendus aux citoyens.
Dans le même sillage, le directeur du pôle activités postales à Barid Al-Maghrib, El Messaoudi Abdeladim, a souligné que ces véhicules considérés comme de véritables tremplins vers une nouvelle ère, répondent à l’objectif de Barid Al-Maghrib d’adopter l’éco-mobilité afin de contribuer à réduire les émissions de CO2 liées au transport et à assurer une mobilité propre et durable.
Selon lui, le lancement officiel de la mise en circulation de ces véhicules est aujourd’hui la concrétisation du partenariat entre Barid Al Maghrib, Stellantis et Sopriam impulsé par le ministère de l’Industrie et du commerce.
Citroën AMI – 100% électrique produite au Maroc, dans l’usine de Kénitra en exclusivité mondiale, est également le fruit de la collaboration entre les équipes centrales et marocaines de Stellantis pour le design, l’ingénierie, les achats et la production, a-t-il précisé.
Les véhicules électriques de Barid Al-Maghrib seront mis en circulation dans 42 villes à travers l’ensemble des régions. Quant à leur répartition, elle obéira à la taille et au volume de la distribution de courrier-colis.
Véhicules électriques et logistique urbaine au Maroc : Barid Al-Maghrib pionnière de la mobilité propre
Le déploiement de 225 véhicules électriques par Barid Al-Maghrib — conçus et produits par Stellantis à Kénitra — marque un tournant historique dans la mobilité professionnelle au Maroc. Au-delà de l’annonce institutionnelle, cette initiative illustre la convergence de deux dynamiques majeures : la transition énergétique nationale (objectif de 52 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique marocain d’ici 2030) et la modernisation de la logistique du dernier kilomètre, enjeu stratégique pour la compétitivité des opérateurs de livraison. Selon l’UPU (Union Postale Universelle), l’agence spécialisée des Nations Unies qui coordonne les services postaux mondiaux dans 192 pays, la décarbonation des flottes de livraison est une priorité absolue pour les opérateurs postaux — le transport représentant 60 à 80 % des émissions de gaz à effet de serre des services postaux. L’UPU accompagne ses membres dans la transition vers des flottes propres, avec des programmes de partage d’expériences et des mécanismes de financement dédiés. Barid Al-Maghrib, en adoptant une flotte 100 % électrique de fabrication nationale, se positionne comme une référence africaine de la mobilité postale durable.
Véhicules électriques professionnels dans le contexte marocain :
- Production nationale — Stellantis Kénitra : les véhicules électriques déployés par Barid Al-Maghrib sont produits à l’usine Stellantis de Kénitra — un site industriel stratégique qui assemble des véhicules électriques destinés au marché marocain et à l’export vers l’Europe. Cette production locale crée un cercle vertueux : les recettes de Barid Al-Maghrib financent une filière industrielle marocaine qui génère des emplois qualifiés et des exportations. Le Maroc dispose ainsi d’une chaîne de valeur complète dans la mobilité électrique professionnelle — de la production à l’utilisation opérationnelle.
- Infrastructure de recharge — défi du déploiement : le déploiement d’une flotte de 225 véhicules électriques implique la mise en place d’une infrastructure de recharge adaptée dans les centres de distribution de Barid Al-Maghrib à travers le Maroc. Cette infrastructure (bornes de recharge lente et rapide, gestion intelligente de la charge pour éviter les pics de consommation électrique) représente un investissement complémentaire qui conditionne l’efficacité opérationnelle de la flotte électrique.
- Économies opérationnelles et TCO (Total Cost of Ownership) : malgré un coût d’acquisition unitaire supérieur aux véhicules thermiques équivalents, les véhicules électriques présentent des avantages de coût total de possession significatifs sur leur cycle de vie : coût de l’énergie (électricité vs. carburant) réduit de 60 à 75 %, maintenance simplifiée (moins de pièces mécaniques mobiles, pas de vidange), et avantages fiscaux marocains pour les véhicules électriques. Sur 5 à 7 ans, le TCO d’un véhicule électrique de livraison devient compétitif ou inférieur à celui d’un véhicule thermique.
- Signal fort pour l’écosystème marocain : l’exemple de Barid Al-Maghrib envoie un signal fort aux autres entreprises marocaines qui hésitent à électrifier leurs flottes. Un opérateur de l’envergure de Barid — avec des tournées de livraison prévisibles, des distances quotidiennes maîtrisées et des points de retour fixes (agences postales) — constitue le cas d’usage idéal pour la mobilité électrique professionnelle. Ses retours d’expérience opérationnels bénéficieront à l’ensemble de l’écosystème.
FAQ : Véhicules électriques professionnels et mobilité verte au Maroc
Quels sont les avantages concrets des véhicules électriques pour la livraison urbaine ?
Les avantages des véhicules électriques pour la livraison sont multidimensionnels : (1) Réduction des coûts de carburant et d’énergie — le coût de l’électricité par kilomètre parcouru est 3 à 5 fois inférieur à celui du carburant pour un véhicule thermique équivalent. Pour un véhicule de livraison parcourant 80 à 120 km par jour (profil typique d’un facteur ou d’un livreur urbain), les économies annuelles sur le carburant peuvent atteindre 15 000 à 25 000 DH selon les prix énergétiques. Ces économies s’accumulent sur toute la durée de vie du véhicule (8 à 12 ans) et contribuent significativement à la rentabilité de la flotte ; (2) Maintenance réduite et fiabilité accrue — un moteur électrique comporte environ 20 pièces mécaniques mobiles contre 2 000 pour un moteur thermique. Cette simplicité mécanique se traduit par des coûts de maintenance drastiquement réduits (pas de vidange, pas de remplacement de courroie de distribution, pas de filtre à air ni à carburant, pas d’embrayage) et une disponibilité opérationnelle accrue (moins de pannes). Pour un opérateur gérant une grande flotte comme Barid Al-Maghrib, la réduction des immobilisations pour maintenance représente un avantage opérationnel considérable ; (3) Qualité de l’environnement de travail du conducteur — l’absence de vibrations du moteur thermique, le silence de fonctionnement et l’absence d’odeurs de carburant améliorent significativement les conditions de travail des conducteurs de véhicules électriques. Ces facteurs contribuent à la réduction de la fatigue en fin de journée et à l’amélioration de la satisfaction au travail — un avantage dans le contexte d’un marché du travail où la fidélisation des conducteurs est un enjeu croissant ; (4) Image de marque et responsabilité sociétale — les entreprises qui électrifient leurs flottes améliorent leur image auprès de leurs clients, de leurs employés et des collectivités dans lesquelles elles opèrent. Pour Barid Al-Maghrib, opérateur de service public visible dans chaque quartier, la flotte électrique silencieuse et non polluante renforce la perception positive de l’institution. Cette dimension RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) est de plus en plus valorisée dans les appels d’offres et les partenariats institutionnels ; (5) Accès aux zones à faibles émissions — les grandes villes marocaines envisagent progressivement des restrictions de circulation pour les véhicules polluants dans leurs centres-villes (zones à faibles émissions — ZFE — adoptées en Europe et en cours de réflexion au Maroc). Les opérateurs de livraison qui anticipent cette tendance en électrifiant leurs flottes maintiennent un accès sans restriction aux zones urbaines denses — avantage compétitif majeur par rapport aux concurrents qui maintiennent des flottes thermiques.
Comment le Maroc développe-t-il son écosystème de véhicules électriques ?
L’écosystème marocain des véhicules électriques se structure autour de plusieurs piliers : (1) Production nationale — hub automobile électrique — le Maroc est devenu le premier producteur automobile africain, avec des usines Renault (Tanger et Casablanca) et Stellantis (Kénitra) qui produisent des véhicules électriques destinés au marché local et à l’exportation vers l’Europe. La stratégie industrielle marocaine vise à développer la filière des batteries (accord de partenariat avec des fabricants asiatiques de cellules), des composants électroniques de puissance et des moteurs électriques. Cette intégration verticale transformerait le Maroc en hub mondial de la mobilité électrique, bénéficiant de ses avantages en énergie solaire (pour la production d’électricité verte alimentant les usines) et de ses accords de libre-échange avec l’UE ; (2) Réseau de bornes de recharge — déploiement en cours — le Maroc développe son réseau de bornes de recharge publiques sur les autoroutes (via ADM — Autoroutes Du Maroc), dans les parkings publics et les centres commerciaux. Ce réseau, encore insuffisant, s’étoffe progressivement sous l’impulsion de l’IRESEN (Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles) et des opérateurs privés. Pour les entreprises, des solutions de recharge privée (dans les dépôts et parkings d’entreprise) sont disponibles auprès de plusieurs fournisseurs locaux et internationaux (Schneider Electric Maroc, ABB Maroc) ; (3) Incitations fiscales et douanières — le Maroc a mis en place des incitations pour encourager l’adoption des véhicules électriques : réduction des droits de douane à l’importation sur les VE (0 % pour certaines catégories), TVA à taux réduit, exonération de la taxe de première immatriculation pour les VE. Ces incitations réduisent l’écart de prix à l’achat entre VE et véhicules thermiques — un obstacle psychologique important pour les acheteurs marocains habitués aux prix des véhicules thermiques ; (4) Formation et certification des techniciens VE — les véhicules électriques nécessitent des techniciens de maintenance formés aux spécificités du haute tension (sécurité électrique), des batteries (diagnostic, remplacement des modules), de l’électronique de puissance et des logiciels embarqués. L’OFPPT (Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail) développe des formations certifiantes pour les techniciens VE, en partenariat avec les constructeurs (Renault, Stellantis) et des organismes de formation européens. Cette montée en compétence est indispensable pour supporter une flotte de VE grandissante au niveau national ; (5) Recherche et innovation en mobilité électrique — l’IRESEN et les universités marocaines (UM6P, Université Mohammed V de Rabat) conduisent des recherches sur les technologies de stockage d’énergie (batteries à base de phosphate de lithium — en lien avec les ressources phosphatières marocaines de l’OCP), les systèmes de recharge intelligente (V2G — Vehicle to Grid, permettant aux VE de restituer de l’énergie au réseau lors des pics) et les systèmes de gestion des flottes électriques. Ces recherches positionnent le Maroc comme acteur de l’innovation dans la mobilité électrique africaine.
Quels défis restent à surmonter pour généraliser la livraison électrique au Maroc ?
Les défis de la généralisation des livraisons électriques au Maroc : (1) Coût d’acquisition initial élevé — malgré les incitations fiscales, le prix d’achat d’un véhicule électrique de livraison reste significativement supérieur à celui d’un véhicule thermique équivalent au Maroc. Pour les TPE et artisans qui assurent une part importante des livraisons locales (plombiers, électriciens, artisans du BTP), cet investissement initial constitue un obstacle majeur. Des solutions de location longue durée (LLD) avec maintenance incluse, des dispositifs de leasing souples et des aides à l’acquisition ciblées sur les petites entreprises sont nécessaires pour démocratiser l’électromobilité professionnelle ; (2) Autonomie et couverture du territoire — les véhicules électriques de livraison disposent d’une autonomie de 100 à 300 km selon les modèles et les conditions d’utilisation (relief, charge transportée, températures). Cette autonomie est suffisante pour les tournées urbaines et périurbaines (profil de Barid Al-Maghrib) mais peut être insuffisante pour les livraisons en zones rurales ou montagneuses. Le réseau de recharge insuffisant en dehors des grandes villes marocaines constitue un risque opérationnel pour les opérateurs qui doivent couvrir des territoires étendus ; (3) Gestion du vieillissement des batteries — les batteries lithium-ion des véhicules électriques perdent progressivement leur capacité avec les cycles de charge et les années d’utilisation. Après 5 à 8 ans, la capacité peut être réduite de 20 à 30 % — réduisant l’autonomie effective et nécessitant un remplacement coûteux (le pack batterie représente 30 à 40 % du prix du véhicule). La gestion en fin de vie des batteries (recyclage, réemploi en stockage stationnaire) est un enjeu environnemental que la filière marocaine doit anticiper avant que les premières générations de batteries arrivent en fin de vie ; (4) Disponibilité des pièces et compétences de maintenance — les réseaux de maintenance pour véhicules électriques professionnels sont encore peu développés au Maroc en dehors des grandes villes. Un opérateur déployant une flotte électrique dans des villes secondaires (Béni Mellal, Errachidia, Guelmim) peut rencontrer des difficultés pour trouver des techniciens qualifiés et des pièces de rechange rapidement disponibles — un risque d’immobilisation prolongée du véhicule en cas de panne ; (5) Adaptation des process logistiques — intégrer des véhicules électriques dans une flotte mixte ou remplacement de flotte thermique nécessite une adaptation des process logistiques : planification des tournées intégrant l’autonomie et les contraintes de recharge (où et quand recharger ?), gestion préventive de la charge des batteries (ne pas décharger complètement, limiter les charges rapides répétées qui dégradent les batteries), formation des conducteurs aux bonnes pratiques de conduite économe (récupération d’énergie au freinage, anticipation) et aux procédures de sécurité spécifiques aux VE (comportement en cas d’accident impliquant la haute tension).